Quel meilleur jour que le 1er avril, fête internationale du poisson, of course, pour célébrer comme il se doit une victoire qui sent bon le safran et la rascasse ? Non, non, on vous assure, c’est pas une blague, les amis : Marseille a son Champion du Monde de la Bouillabaisse, et il s’appelle Benjamin Mathieu.

Le 15 mars dernier, au Sirha Méditerranée, notre Benjamin, chef du Grand Bar des Goudes, l’adresse mythique accrochée au petit port du bout du monde, du bout de Marseille, a mis tout le monde d’accord. Devant des concurrents venus du Japon, de Suisse, du Mexique, des Émirats arabes unis et d’Italie, le gaillard a défendu la vraie bouillabaisse, celle qui raconte la mer et les pêcheurs, pas celle qui fait joli dans les magazines.

Au bout de la ville, le début d’une légende

Les Goudes, pour ceux qui ne connaissent pas c’est ce petit coin magique où Marseille finit et où la mer commence. Les barques colorées, les cabanons, le ciel qui prend feu le soir… et une bouillabaisse qui vous colle à l’âme.

Au Grand Bar des Goudes, on ne joue pas à faire la cuisine, on la fait. Chaque matin, les poissons arrivent directement des pêcheurs du port : rascasse, galinette, vive, congre, Saint-Pierre… Du beau monde sous les écailles. La soupe mijote longuement, passe au chinois pour en tirer toute la profondeur, et arrive brûlante sur la table avec ses croûtons frottés à l’ail et sa rouille maison. Puis viennent les poissons, pochés à la minute, juste ce qu’il faut. Ritual sacré, immuable, marseillais jusqu’à l’os.

C’est cette bouillabaisse-là que Benjamin Mathieu a portée jusqu’au titre mondial. Puissante, généreuse, sans chichis.

Un père, un fils, une casserole

Mais cette victoire, elle ne s’est pas faite seul. Aux côtés de Benjamin, il y avait Philippe Mathieu, son père, cuisinier de métier. Ensemble, père et fils, ont bossé chaque détail : les cuissons, l’équilibre de la soupe, le respect des gestes. Une histoire comme on les aime à Marseille, celles qui se transmettent de génération en génération, dans la fumée des marmites et l’odeur du fenouil.

Trois heures de compétition, un jury d’exception présidé par Dominique Frérard, Maître Cuisinier de France, avec notamment Guillaume Gomez, Meilleur Ouvrier de France, Reine Sammut, grande figure de la cuisine provençale, ou encore les gardiens du temple que sont Alexandre Pinna du Chez Fonfon et Yvan Vahanian de La Calanque Bleue. Autant dire qu’on ne rigole pas.

Et le verdict est tombé sans appel : Benjamin Mathieu est Champion du Monde de la Bouillabaisse.

Marseille, tu nous fais bouillir de fierté

Ce qui rend cette victoire encore plus belle ? Elle s’est jouée ici, à Marseille, devant un public de professionnels et de passionnés du terroir. Voir un Chef des Goudes remporter le titre mondial sur ses terres, c’est tout sauf anodin. C’est Marseille qui se regarde dans un miroir et qui se dit : eh bé, on est quand même quelque chose.

La bouillabaisse, rappelons-le, c’est pas une invention de Chef étoilé. C’est une soupe de pauvres, née dans les barques du Vieux-Port. Les pêcheurs gardaient les poissons invendus, les plongeaient dans l’eau avec de l’ail, du fenouil, du safran. « Quand ça bout, on baisse » , voilà d’où vient le nom. Un plat du peuple, devenu ambassadeur d’un territoire.

Aujourd’hui, ce plat a son champion. Et il habite au bout de la rue, au bout de la mer.

Le Grand Bar des Goudes. 28 rue Désiré Pelaprat, 13008 Marseille. Bouillabaisse sur réservation, 72 euros par personne (minimum 2 convives). Ouvert 7j/7.