Quand le calvados Groult flirte avec le whisky tourbé de la distillerie bretonne Warenghem, le rapprochement Normandie Bretagne est bel et bien là, et qui plus est réussi. C’est un de nos coups de cœur du dernier Whisky Live Paris, et notre Bouteille du Week-End.

Au milieu des stands, des verres qui tintent et des amateurs de tourbe qui font la queue, on ne s’attendait pas forcément à ce que l’une de nos plus belles surprises du dernier salon Whisky Live Paris vienne… de Normandie. Et pourtant. La Maison Groult y présentait sa toute nouvelle édition limitée : un calvados Pays d’Auge de 20 ans, affiné cinq mois dans un fût ayant contenu le single malt tourbé Armorik Yeun Elez de la distillerie bretonne Warenghem. Autant vous le dire tout de suite : on a eu un vrai coup de cœur.

Un calvados de 20 ans qui s’offre une parenthèse bretonne

Le point de départ, c’est un calvados Pays d’Auge de 20 ans, élaboré exclusivement à partir de pommes à cidre du domaine familial et issu de la traditionnelle double distillation au feu de bois. Une base déjà bien installée, donc, qui n’avait pas grand-chose à prouver quand on connait la maison Groult.

Mais voilà : après deux décennies à se construire en fût, ce calvados a eu droit à une dernière étape. Cinq mois dans un fût qui a contenu Yeun Elez, le single malt tourbé d’Armorik. Cinq mois, ce n’est pas long à l’échelle d’un vieillissement de vingt ans, et c’est précisément le but : une sorte de ponctuation finale, pensée non pour transformer le calvados, mais pour prolonger son vieillissement et enrichir son expression aromatique.

Estelle Groult, le temps comme matière première

À la tête de la maison, Estelle Groult poursuit le travail mené depuis plusieurs générations autour des grands calvados Pays d’Auge. Sa conviction : le temps, le choix des fûts et l’art du vieillissement font pleinement partie de l’identité d’un calvados. Tout en préservant les méthodes qui ont construit la réputation de la maison, elle explore de nouvelles voies d’affinage.

Ce n’est d’ailleurs pas une première. La maison Groult expérimente depuis dix ans le vieillissement en fûts de toutes sortes, issus de partenariats avec d’autres maisons familiales : jurançon, banyuls, sherry, vouvray, sauternes, whisky, rhum… Une vraie passionnée des finitions, qui s’amuse à faire dialoguer les catégories sans jamais les confondre. C’est tout l’art !

Dans le verre : le fruit d’abord, la tourbe ensuite

Et c’est là que ça devient intéressant. Quand on parle de fût de whisky tourbé, on pense forcément à la fumée qui écrase tout sur son passage. Ici, pas du tout. La tourbe intervient par petites touches : elle apporte de la tension, une légère salinité et une dimension fumée qui accompagnent le fruit plutôt que de le masquer.

Au nez on est bien en plein Pays d’Auge, avec de très belles notes de pommes, des fruits mûrs, passez à la poele avec un peu de buerre et de sucre, puis de la vanille, avant de laisser percer de petites notes fumées et salines. En bouche, c’est un peu le même programme, le fruit s’impose au premier plan, du caramel doux et des petites épices, puis la tourbe entre en scène apportant un second souffle, nous entrainant vers une finale longue, fraîche et délicatement saline.

Ce qui nous a séduit, c’est justement ce dialogue entre la rondeur fruitée du calvados et le côté plus sec du whisky tourbé, sans que l’un ne prenne le dessus sur l’autre.

Normandie – Bretagne : l’union de deux distilleries artisanales

Derrière cette cuvée titrant 50% en édition limitée à 400 bouteilles, il y a une belle histoire de voisinage. D’un côté, la maison Groult, gardienne de la tradition du Calvados Pays d’Auge et de la double distillation au feu de bois. De l’autre, la distillerie Armorik, dirigée par David Roussier, l’une des maisons pionnières du whisky français, et créatrice de Yeun Elez. Deux distilleries artisanales, attachées à leur territoire et au temps long, que le fût vient réunir : le fruit et la rondeur du calvados d’un côté, la fumée et la tension du whisky tourbé de l’autre.

Pour les amateurs de whisky, c’est une jolie porte d’entrée vers le calvados. Pour les fans de calvados, c’est une façon originale de voir leur eau-de-vie préférée sous un autre angle.

A retrouver chez les meilleurs cavistes et à la maison Groult au prix conseillé de 85 euros.