Transporter du café brésilien à travers l’Atlantique sans brûler une goutte de fuel, c’est désormais possible. La société française TOWT lance en mars sa première ligne régulière 100% à la voile entre la France et le Brésil. Une révolution silencieuse qui remet les vieux gréements au goût du jour écolo.

Oubliez les porte-conteneurs crachant leur fumée noire. À l’heure où le transport maritime représente près de 3% des émissions mondiales de CO₂, une entreprise française fait le pari du retour aux sources : celui de la voile. Et pas qu’un peu.

Un café qui traverse l’océan avec le vent pour seul moteur

TOWT (pour TransOceanic Wind Transport, rien que ça) vient d’annoncer le lancement de l’Esperança Line, une ligne maritime régulière qui reliera chaque mois la France et le Brésil. La particularité ? Ses cargos n’ont pas de moteur, ou presque. Ils avancent à la voile, comme au bon vieux temps des clippers du XIXe siècle, mais avec la technologie du XXIe.

« Le Brésil, c’est le pays où nos clients nous demandent d’aller charger un café plus qualitatif et impeccable sur le carbone », explique Guillaume Le Grand, président de TOWT, qui promet ni plus ni moins que « le transport le plus décarboné au monde ».

Et les chiffres donnent le vertige : 1,5 gramme de CO₂ par tonne transportée sur un kilomètre. Pour donner une idée, un cargo classique en émet facilement 50 à 100 fois plus. TOWT revendique une réduction de 90% des émissions par rapport au transport maritime conventionnel.

Écolo, mais pas lent pour autant

Le hic avec la voile, c’est qu’on pourrait croire que ça rame. Eh bien non. L’entreprise assure que ses délais de livraison de porte à porte sont équivalents à ceux du transport conventionnel. Comment ? En optimisant toute la chaîne logistique en amont et en aval. Résultat : les entreprises peuvent passer au zéro carbone sans chambouler leurs plannings ni faire attendre leurs clients.

Après deux ans de tests concluants entre l’Europe et l’Amérique du Sud, TOWT a peaufiné son offre. Les chargeurs qui ont tenté l’aventure ont salué la régularité, la fiabilité et même la qualité de conservation des marchandises. Visiblement, naviguer à la voile n’abîme pas plus le café que de le balloter dans un conteneur sur un navire diesel.

Un argument marketing qui a du souffle

Au-delà de l’exploit technique et environnemental, le transport à la voile devient aussi un sacré atout commercial. À l’heure où les entreprises doivent rendre des comptes sur leur bilan carbone (bonjour la CSRD), pouvoir afficher sur son paquet de café qu’il a traversé l’Atlantique à la force du vent, ça en jette.

TOWT a même créé le label ANEMOS, qui permet aux clients finaux de découvrir le journal de bord de la traversée de leur produit. Une manière de raconter l’histoire derrière chaque paquet, avec un vrai impact environnemental positif à la clé.

Le Brésil, partenaire vert de choix

Pourquoi le Brésil ? Parce que le pays mise gros sur la décarbonation et que ses échanges avec l’Europe sont costauds. Café, cachaça (l’alcool de canne à sucre local)… autant de produits premium qui gagnent à voyager propre. Les ports de Santos et São Sebastião accueilleront les voiliers-cargos, tandis que Le Havre et Fécamp serviront de base côté français.

Fondée en 2011, TOWT fait figure de pionnière dans un secteur maritime encore très accro au pétrole. Avec sa flotte de voiliers-cargos modernes, l’entreprise prouve qu’on peut conjuguer performance économique et respect de l’environnement. La révolution verte passera peut-être par un retour à des techniques vieilles de plusieurs siècles. Qui l’aurait cru ?