En France la consommation de vin baisse. Par contre, même si elle reste encore faible, celle du « vin sans alcool » semble croitre, tout comme la modération de la consommation d’alcool en général. Voici deux études qui nous aident à y voir plus clair. 

La nouvelle année vient de débuter et les bonnes résolutions sont là. Depuis quelques années l’une d’elles a pris de l’ampleur, celle de ne plus boire d’alcool pendant au moins un mois. C’est le fameux Dry January initié au Royaume-Uni en 2013 par le réseau Alcohol Change UK puis introduit en France en 2019 par un collectif constitué d’associations et d’acteurs de la santé.
Résultat, le vin sans alcool prend toujours plus de place dans les rayons des distributeurs et les consommateurs semblent adhérer. Voici deux enquêtes réalisées par deux faiseurs français, Moderato et Chavin, pour nous aider à mieux comprendre le phénomène.

Fini le temps où le vin sans alcool faisait sourire. La catégorie s’installe pour de bon dans les verres des Français, et les chiffres sont là pour le prouver. Deux baromètres viennent de tomber, et ils racontent la même histoire : le vin sans alcool, c’est plus du tout une lubie de bobo parisien. C’est devenu un vrai phénomène de société.

Un Français sur deux s’y intéresse

Premier constat du baromètre Moderato, réalisé avec le cabinet SEEDS pour la troisième année consécutive: un Français sur deux déclare avoir un intérêt personnel pour le vin sans alcool. Pas mal pour une catégorie qui n’existait quasiment pas il y a cinq ans, non ?

Et ce qui est encore plus parlant, c’est que les préjugés s’effondrent. Avant, on entendait partout que « le bon vin sans alcool, ça n’existe pas ». Aujourd’hui, seulement un quart des Français pensent encore ça. Les mentalités changent, et vite.

Côté consommation réelle, 19% des Français se déclarent désormais consommateurs de vin sans alcool. C’est certes encore minoritaire, mais la progression est là. Le pétillant cartonne particulièrement, avec 13% de Français qui y ont goûté. Le rouge progresse aussi de manière spectaculaire, gagnant 6 points en un an pour atteindre 19% de taux de pénétration.

« Avec cette troisième édition, nous voyons très nettement que le vin sans alcool n’est plus un simple substitut : il devient un choix assumé, porté par la recherche de plaisir, de qualité et de mieux-être. Les consommateurs sont prêts, attentifs et exigeants. À nous, producteurs, de répondre à ce niveau d’attente avec des vins désalcoolisés qui respectent l’univers du vin et ses codes de qualité. », se félicitent Sébastien Thomas et Fabien Marchand-Cassagne, co-fondateurs de moderato.

Le Dry January explose

Du côté de la Maison Chavin, qui vient de publier son Observatoire avec CSA, on observe un autre signal fort : le Dry January n’est plus anecdotique. 30% des Français y ont déjà participé au moins une fois. C’est 11 points de plus qu’en 2024. Énorme.

« Le Dry January n’est plus un simple défi. Il devient un mouvement collectif », explique Mathilde Boulachin, CEO de Chavin. Et elle a raison : 44% des Français déclarent vouloir relever le défi cette année. On est clairement face à un phénomène qui dépasse la simple mode.

Source: baromètre Moderato x SEEDS

La modération, nouveau mode de vie

Au-delà du mois de janvier sans alcool, c’est toute l’année que les Français changent leurs habitudes. 36% ont réduit leur consommation d’alcool en 2025, et 10% ont carrément arrêté. Mieux encore : 39% veulent réduire encore en 2026.

Bienvenue dans l’ère des « flexi-buveurs », ces 73% de Français qui alternent entre boissons alcoolisées et sans alcool selon les occasions. D’ailleurs, les consommateurs de vin sans alcool ne sont pas des abstinents : 95% d’entre eux boivent aussi du vin classique. Ce serait juste des gens qui veulent pouvoir choisir.

Apéro et dîner, les moments stars

Quand est-ce qu’on boit du vin sans alcool ? À l’apéro (51%) et au dîner (47%), principalement. Pas vraiment de surprise, on retrouve les mêmes occasions que pour le vin classique. La différence ? On peut enchaîner les verres sans finir dans les vapes.

La consommation se fait majoritairement à domicile (58%) ou chez des proches (34%). Les bars et restos restent encore timides sur le sujet, avec seulement 5% et 2% de consommation respective.

Une offre qui s’améliore

Si le vin sans alcool décolle, c’est aussi parce que les produits sont de plus en plus « réussis ». Selon l’tude Moderato SEEDS les taux de satisfaction explosent : 77% pour le pétillant (soit +11 points en trois ans), 74% pour le rosé (+17 points !). Aujourd’hui le produit est aussi mieux connu puisque 38% des Français pensent désormais qu’un vin sans alcool c’est un vrai vin dont on a retiré l’alcool après fermentation (+4pts en un an).

Un phénomène mondial

Cette tendance n’est pas qu’hexagonale. La Maison Chavin, présente dans plus de 65 pays, observe le même mouvement partout dans le monde. « La catégorie continue de gagner du terrain. Elle s’inscrit dans le développement d’une culture de la modération », conclut Mathilde Boulachin.

Le vin sans alcool n’est donc plus une alternative de secours pour femmes enceintes et conducteurs désignés. C’est devenu un choix de vie pour des millions de personnes qui veulent garder le plaisir du rituel sans les effets de l’alcool. Et visiblement, ce n’est que le début.

Note:
Pour simplifier les choses nous avons utilisé ici le terme « vin sans alcool ». Mais il s’avère qu’il s’agit d’un abus de langage.
En effet en France la législation sur les boissons sans alcool issues du raisin est très précise :
On ne peut PAS utiliser le terme « vin » pour une boisson sans alcool. Le vin est légalement défini comme le produit de la fermentation alcoolique du raisin, et doit contenir de l’alcool.
Les appellations autorisées sont :
« Boisson sans alcool à base de vin » ou « boisson sans alcool à base de vin désalcoolisé » – si le produit provient effectivement d’un vin dont on a retiré l’alcool.
« Boisson à base de raisin » ou « jus de raisin » – pour les produits n’ayant pas subi de fermentation alcoolique

Précisions importantes :
Le terme « sans alcool » signifie légalement un titre alcoométrique inférieur à 0,5% vol. (entre 0% et 0,5%). Si c’est vraiment 0%, on peut préciser « 0,0% ».
La réglementation européenne et française protège strictement l’appellation « vin » pour éviter toute confusion avec les véritables vins. C’est pourquoi les producteurs de ces boissons désalcoolisées doivent être créatifs avec leurs dénominations commerciales (parfois « spiritueux sans alcool », « alternative au vin », etc.) mais ne peuvent jamais utiliser simplement le mot « vin » seul.
Cette distinction vise à protéger les consommateurs et les appellations viticoles traditionnelles.