Bordeaux, terre de traditions, tente un pari audacieux : relancer le rouge, mais en léger. Après des décennies de domination des vins puissants, tanniques et parfois intimidants, le Syndicat des Bordeaux – Bordeaux Supérieur sort une carte maîtresse de son chapeau : le Claret. Un vin rouge clair, fruité, à boire frais, qui joue la carte de la simplicité et de la convivialité. Mais les consommateurs, habitués aux rosés et aux blancs en été, vont-ils mordre à l’hameçon ?
À première vue, le Claret ressemble à un rosé foncé. Pourtant, il s’agit bien d’un rouge léger, un style historique qui a fait la renommée de Bordeaux dès le XIIe siècle, avant de presque disparaître. Aujourd’hui, le Syndicat des Bordeaux – Bordeaux Supérieur le remet au goût du jour, avec un argument choc : « Un rouge qui se boit comme un blanc. »
Fini les cérémonials, les carafes et les températures ambiantes. Le Claret se déguste entre 10 et 12°C, idéalement dans les deux ans qui suivent sa mise en bouteille. Son profil ? Fruité, souple, peu tannique – une réponse directe à la demande de vins plus accessibles, moins techniques, et adaptés aux modes de consommation actuels.
« On a voulu créer un vin qui parle aux nouvelles générations, sans renier notre histoire », explique Stéphane Héraud, Président des Vignerons de Tutiac. « Le Claret, c’est le Bordeaux moderne : un rouge qui n’a pas peur de se mettre au frigo. »
Un coup de poker face au déclin du rouge ?
Les chiffres ne mentent pas : la consommation de vin rouge est en baisse, notamment chez les jeunes. Trop tannique, trop lourd, trop sérieux… Face à cette désaffection, les vignerons bordelais ont dû innover. Et si la solution était de jouer sur les mots, les couleurs, et les codes ?
Le Claret mise sur un positionnement malin :
- Un nom historique (qui rappelle l’Angleterre, premier marché export de Bordeaux).
- Une couleur ambiguë (entre rouge pâle et rosé foncé).
- Un discours décomplexé (« À l’apéro, en terrasse, entre amis »).
Résultat : un vin qui brouille les pistes et pourrait bien attirer ceux qui, habituellement, se tourneraient vers un rosé ou un blanc.
« C’est un pari risqué, mais intelligent », estime Emma Tournier, journaliste spécialisée. « Les consommateurs recherchent de la fraîcheur et de la simplicité. Si le Claret arrive à se faire une place entre le rosé et le rouge classique, il pourrait créer la surprise. »
Les consommateurs vont-ils suivre ?
Reste une question : le public va-t-il adopter ce rouge qui se prend pour un rosé ?
Les premiers retours sont encourageants. Le millésime 2025, premier à respecter le nouveau cahier des charges, a séduit par son côté gourmand et ses notes de fruits rouges. Les producteurs misent sur son accessibilité (prix modéré, bouteille facile à reconnaître) et son côté « instagrammable » – un atout non négligeable pour toucher les millennials.
Pourtant, le défi est de taille. « Les habitudes ont la vie dure », rappelle un caviste bordelais. « Les gens qui boivent du rosé l’été ne vont pas forcément se mettre au Claret. Il faudra leur prouver que c’est différent… mais pas trop. »
Claret : le rouge qui veut (re)devenir tendance
Entre hommage au passé et pari sur l’avenir, le Claret incarne la volonté de Bordeaux de se réinventer sans se renier. Reste à savoir si les consommateurs, toujours plus volatils, vont accepter de boire rouge… mais autrement.
Une chose est sûre : avec son style décalé et son discours anti-conventionnel, le Claret a déjà réussi un premier exploit – faire parler de Bordeaux autrement que par ses grands crus.
Alors, prêt à goûter ? À vos verres… et à vos frigos !

Claret et Clairet, c’est quoi les différences en fait ?
Nous sommes tout de même en droit de se poser la question tant la proximité des produits est proche ! En résumé voici aujourd’hui des différences et le contexte historique pour y voir plus clair.
Origine et Histoire
Claret :
Le Claret est un vin rouge clair et léger, né dès le XIIe siècle à Bordeaux.
Il a été historiquement exporté massivement vers l’Angleterre, où il a acquis une grande popularité.
Le Claret était apprécié pour son style léger et fruité, bien différent des vins rouges puissants.
Après avoir presque disparu, il a été relancé officiellement en 2025 par le Syndicat des Bordeaux – Bordeaux Supérieur, avec un cahier des charges précis.
Clairet :
Le Clairet est un rosé foncé, apparu plus tardivement (à partir du XXe siècle).
Il est inspiré de son cousin le Claret, mais il s’agit d’un style distinct, plus proche des rosés actuels.
Le Clairet est souvent plus coloré et plus structuré qu’un rosé classique, avec une bouche vineuse et dynamique.
Profil et Style
Claret :
Couleur : Rouge clair, presque rosé.
Goût : Fruité, léger, peu tannique, à boire frais (10-12°C).
Usage : Idéal pour l’apéritif, les moments conviviaux, et les repas légers.
Cahier des charges : Depuis 2025, le Claret est encadré par un cahier des charges strict (ex : faible niveau de tannins, palette de couleurs autorisées, etc.).
Clairet :
Couleur : Rosé foncé, proche du rouge clair.
Goût : Plus proche du rouge que du rosé, avec une bouche vineuse et acidulée.
Usage : Souvent servi frais, il accompagne les repas estivaux et les plats méditerranéens.
Différence Clé
Le Claret est un vin rouge léger, tandis que le Clairet est un rosé foncé.
Le Claret est une réinterprétation moderne d’un vin historique, avec une identité propre et un cahier des charges spécifique depuis 2025.
Le Clairet, bien que partageant une origine commune, est un style plus récent et distinct, souvent associé aux rosés.
Au final, si le mot « Claret » est effectivement utilisé en anglais pour désigner le Clairet (le rosé bordelais). Cependant, dans le contexte actuel, le Claret est bien un vin rouge léger, distinct du Clairet.
Plus simple:
| Critère | Claret | Clairet |
|---|---|---|
| Type | Rouge clair et léger | Rosé foncé |
| Origine | XIIe siècle | XXe siècle |
| Style | Fruité, peu tannique, frais | Vineux, dynamique, frais |
| Usage | Apéritif, convivialité | Repas estivaux, plats méditerranéens |
| Cahier des charges | Oui (depuis 2025) | Non (style traditionnel) |

Et si l’essentiel c’était le goût ?
Si on n’en a pas perdu en route c’est une chance… En effet, on peut donner n’importe quel nom au vin, à sa couleur, la seule chose qui fera vraiment la différence chez le consommateur c’est la dégustation.
Ce que nous avons fait lors du salon professionnel Wine Paris qui a fermé ses portes mercredi dernier. Nous avons pu déguster une petite douzaine de vins qui ont obtenu l’appellation et présentés frais pour l’occasion. Entre le rosé un peu costaud, le trop rouge qui nous a envoyé ses tanins pleine balle dans les gencives et un « beaujolais nouveau like », nos papilles ont fait les montagnes russes…
Au final on a retenu:
- Claret de Lune 2025, Caves de Rauzan (100% Merlot), prix NC.
- Esprit Léger 2025, Vignobles Gabard (100% Merlot), 7,05 euros.
- Rouge Frais 2025, Les Vignerons de Tutiac (100% Merlot), 6,05 euros.
- Les Roches Blanches 2025, Chateau Roquefort (100% Merlot), 7,00 euros.
- Zéphyr Signature 2025, Bordeaux Families (100% Merlot), prix NC.
Crédit photo : Emma Tournier / Syndicat des Bordeaux – Bordeaux Supérieur











