En édition limitée à 823 bouteilles, la Distillerie du Peyrat signe un cognac monovariétal 100 % Folle Blanche qui coche toutes les cases : rare, bio, élégant, et signé d’une étiquette qui ne ressemble à aucune autre. C’est notre Bouteille du Week-End.
Dans l’univers très codifié du cognac, où l’Ugni Blanc règne en maître quasi absolu, il se passe parfois quelque chose d’un peu différent. Quelque chose qui mérite qu’on s’y arrête. La Distillerie du Peyrat, nichée à une dizaine de kilomètres à l’est de Cognac sur les berges de la Charente, en a fait la preuve avec cette édition confidentielle : un cognac issu d’un seul et unique cépage, la Folle Blanche, millésimé 2011 et vieilli treize ans en fût de chêne roux.
Monovariétal, bio, distillé sur lies selon la méthode dite de « distillation grasse », tiré à seulement 823 cols. On l’a découverte chez son distibuteur Distill Spirit sur Be Spirit lors du dernier Wine Paris, autant dire que ce flacon ne va pas traîner longtemps sur les étagères.
La Folle Blanche, une diva capricieuse
Pour comprendre pourquoi ce cognac est rare, il faut d’abord comprendre pourquoi la Folle Blanche a quasiment disparu du paysage charentais. Ce cépage est rare dans l’appellation en raison de sa sensibilité à la pourriture grise. Difficile à cultiver, fragile face aux aléas climatiques, il a progressivement cédé la place à l’Ugni Blanc, beaucoup plus robuste et productif. Les vignerons qui s’y accrochent encore le font par conviction — et parfois par amour du risque.
Mais la contrepartie de cette fragilité, c’est un potentiel aromatique que l’Ugni Blanc ne peut tout simplement pas égaler. La Folle Blanche est prisée pour la finesse de ses eaux-de-vie, qui développent des arômes floraux d’une grande délicatesse. C’est précisément ce que la Distillerie du Peyrat a voulu mettre en lumière avec cette cuvée : laisser le cépage s’exprimer sans filtre, dans toute sa singularité.
Un travail de distillation pensé pour la rondeur
La maison ne s’est pas contentée de choisir un beau raisin et de croiser les doigts. Ce millésime a été distillé sur lies selon la méthode de « distillation grasse », favorisant un enrichissement en esters et des coupes tardives pour apporter rondeur, complexité aromatique et potentiel de maturation aux eaux-de-vie.
Concrètement, cette approche — moins courante que la distillation classique — donne au distillat une matière plus généreuse, presque enveloppante. Elle explique en grande partie la texture soyeuse qui caractérise ce cognac. Le vieillissement a été conduit en fût de chêne roux pour maîtriser l’apport en bois, laissant ainsi la part belle à l’expression et à l’élégance naturelle de la Folle Blanche.
Résultat dans le verre : élégant et expressif au nez, ce cognac qui titre 45,6 % mêle des arômes de fleurs blanches et de fruits exotiques, relevés d’épices douces. En bouche, il est onctueux, les tanins fondus laissent s’exprimer les notes de fruits confits, de pâte d’amande et de pain d’épices. Il offre beaucoup de fraîcheur et d’harmonie. Ce n’est pas un cognac qui cherche à impressionner par la puissance — c’est un cognac qui séduit, presque immédiatement, par son accessibilité et sa grâce.
Bio depuis 1998, bien avant que ce soit tendance
C’est en 1998 que le propriétaire Jean-François Rault a décidé de convertir l’ensemble du processus de production à l’agriculture biologique, à une époque où le concept de cognac bio était encore balbutiant. Aujourd’hui, la distillerie est certifiée par Ecocert en Europe et l’USDA aux États-Unis — deux références sérieuses dans le domaine. La Folle Blanche Biologique est mise en bouteille au domaine, sans filtration à froid, sans additif, avec une couleur naturelle. Une transparence qui dit beaucoup sur l’état d’esprit de la maison.
823 bouteilles, et puis c’est tout
La mise en bouteille a été réalisée au domaine en juin 2025, pour un tirage limité à 823 bouteilles de 50 cl, toutes issues d’un seul et même fût du millésime 2011. À 45,6 % vol., en brut de fût, sans réduction ni filtration à froid.
Quand on aime les spiritueux qui racontent quelque chose — un terroir, une méthode, un parti pris — cette Folle Blanche du Peyrat est exactement le genre de bouteille à ne pas laisser passer. Elle est rare sans en faire des tonnes, complexe sans être intimidante, et élégante sans être froide. Ce qu’on demande, finalement, à un très bon cognac. 90 euros.










