Vitrines brisées, terrasses saccagées, offices de tourisme en flammes… Au lendemain d’un week-end de violences, les organisations professionnelles montent au créneau. Et elles ont toutes le même message : stop aux victimes collatérales.
Le gouvernement attendait quelque 200 000 manifestants samedi dans toute la France, contre la vie chère et pour plus de moyens dans l’éducation, avec la crainte de débordements. Les débordements ont bien eu lieu, et pour cause les autorités estiment à 500 000 le nombre de « manifestants » au final ! Et ce sont, une fois de plus, les commerces, les cafés, les restaurants et les hôtels qui se retrouvent en première ligne.
Dès dimanche 18 octobre, avant même l’allocution d’Emmanuel Macron, puis dans la foulée, les organisations professionnelles ont multiplié les communiqués. Les mots changent, la colère reste la même.
L’Umih : « Nos établissements ne sont pas des défouloirs »
Premier à dégdainer : l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih). Elle condamne « avec la plus grande fermeté » les violences et dégradations de samedi, et rappelle que si le droit de manifester est une liberté fondamentale, le droit de travailler et d’accueillir ses clients en sécurité doit l’être tout autant.
Vitrines dégradées, établissements menacés, salariés et clients mis en difficulté : l’organisation décrit un secteur déjà fragilisé par la hausse des charges et une consommation fragile, pour qui ces événements sont « une épreuve supplémentaire ».
Concrètement, l’Umih invite les professionnels touchés (dégradations, fermetures forcées, pertes d’exploitation) à contacter sans attendre leur Umih départementale pour dresser un bilan précis des dégâts. Elle promet aussi un accompagnement dans les démarches auprès des assureurs et des dispositifs d’indemnisation, et demande aux pouvoirs publics une mobilisation rapide. Son président confédéral fraichement nommé à la succesion de Thierry Marx, Franck Chaumes, résume : les professionnels ne peuvent pas être, « manifestation après manifestation », ceux qui paient la facture.
Le GHR : des clients mis à l’abri, des équipes en fuite
Du côté du GHR (Groupement des Hôtelleries & Restaurations de France), Catherine Quérard, sa présidente, cite Paris, Nantes, Marseille, Lyon, Limoges « et toutes les villes touchées ». Elle évoque des clients mis en sécurité par les commerçants et des personnels fuyant leur boutique devant les pilleurs, « une triste image de la France ».
Elle a une pensée pour les patrons qui ne pourront pas rouvrir, ceux qui devront engager de lourds travaux, et les salariés qui vont basculer en chômage partiel. Sa logique est simple : quand l’établissement est fermé, les recettes s’arrêtent, mais les charges, elles, continuent de tomber.
Le GHR pose donc des questions très concrètes au gouvernement. Quelles aides d’urgence pour les trésoreries ? Quelle mobilisation des assureurs pour accélérer les indemnisations ? Quel chômage partiel exceptionnel ? Ses équipes nationales et territoriales se tiennent aux côtés des victimes pour le dépôt de plainte, les assurances, les questions juridiques et sociales, les demandes d’aides et la préparation de la réouverture. Son mot d’ordre : aucun professionnel ne doit rester seul face à cette épreuve.
Le SDI : « Des protections, pas des allocutions ! »
Le ton se durcit encore du côté du Syndicat des Indépendants et des TPE (SDI). Quelques heures avant la prise de parole du chef de l’État, il interpelle le président : « Monsieur le Président, les commerçants veulent des protections, pas des allocutions ! »
Pour le SDI, l’État laisse les commerçants supporter les conséquences de violences qu’il lui revient de prévenir. Il dénonce une sécurisation « manifestement insuffisante » et un choix impossible : fermer préventivement ou risquer de tout retrouver saccagé. Autre point sensible, les assurances ne couvrent pas systématiquement les pertes d’exploitation, ce qui peut être « le choc de trop » pour des TPE à la trésorerie déjà tendue.
Il réclame trois engagements : sécuriser réellement les commerces lors des manifestations à risques, garantir une indemnisation rapide incluant les pertes d’exploitation non couvertes, et mettre en place un accompagnement d’urgence pour les TPE menacées.
Après l’allocution de 22 h, le ton reste le même. Marc Sanchez, secrétaire général du SDI, estime que cette prise de parole « ne change rien à l’urgence » : une promesse, dit-il, ne répare pas une vitrine et ne paie pas les salariés. Le syndicat veut désormais des montants, des conditions d’accès et des dates de versement. Il demande aussi une protection coordonnée entre préfets, maires et forces de l’ordre, des avances sur indemnisation avec un interlocuteur unique, et des reports ciblés des échéances sociales et fiscales.
Le tourisme s’inquiète pour l’image de la France
Les professionnels du tourisme élargissent le cadre. ADN Tourisme, l’ANETT (élus des territoires touristiques), la Confédération des Acteurs du Tourisme et INNTO France ont publié un communiqué commun, signé à Paris le 18 octobre. Ils évoquent des commerces saccagés, des bâtiments publics attaqués et des sites touristiques dégradés.
Ils citent deux symboles « particulièrement choquants » : l’incendie de l’Office de tourisme de Lyon et celui de la mairie de Limoges, sans oublier les tentatives d’intrusion dans certains grands magasins. S’en prendre à un lieu d’accueil des visiteurs, disent-ils, c’est toucher aux valeurs d’hospitalité et d’ouverture du pays.
Leur inquiétude est aussi économique : fermetures, perturbations des déplacements, risques d’annulations de séjours. Pour la première destination touristique mondiale, la répétition d’images de violences peut entamer la confiance des visiteurs. Ils demandent au président et au gouvernement de prendre sans délai les mesures pour garantir la sécurité des personnes et des biens, accompagner les entreprises touchées et accélérer leur indemnisation, tout en saluant l’engagement des forces de l’ordre, des secours et des agents territoriaux.
Ce qui les rassemble
Entre la restauration, l’hôtellerie, le petit commerce et le tourisme, on retrouve les mêmes lignes :
- Un double principe : le droit de manifester n’est pas contesté, mais il ne saurait justifier les violences.
- Un risque économique immédiat : pertes d’exploitation, charges fixes, emplois menacés, trésoreries à sec.
- Des demandes précises : protection renforcée des établissements, indemnisation rapide, aides d’urgence, chômage partiel exceptionnel.
- Un message politique : des paroles, oui, mais surtout des actes, avec des montants et un calendrier.
Reste à voir si l’exécutif répondra concrètement. Pour les professionnels qui rouvrent (ou non) ce lundi, l’urgence se compte en jours, pas en semaines









